Kinshasa sur les ondes : quand les annonces du gouverneur Daniel Bumba dépassent les  faits 

Hier, le gouverneur de la ville‑province de Kinshasa, Daniel Bumba, s’est invité à l’antenne de Top Congo FM pour vanter les mérites de sa gestion urbaine devant une population souvent dubitative. Si cette sortie avait le mérite de donner des chiffres et des promesses concrètes  105 km de routes rendues praticables en 2025, près de 120 km en seize mois, 79 % des opérations de curage des rivières annoncées  elle jette surtout une ombre de doutes sur le sérieux d’une telle « médiatique ». 

Pourquoi cette « médiatique » mérite critique

1. Des chiffres sans vérification indépendante

Le gouverneur affirme un bond spectaculaire dans la voirie et l’assainissement, mais il n’existe à ce jour aucune source publique indépendante confirmant que les 105 km de routes soient effectivement terminés et accessibles à l’ensemble des Kinois. De même, le taux de « 79 % d’opérations de curage » reste une allégation non vérifiable, sans carte, sans rapport public ni audit citoyen. En l’absence de données transparentes, ces annonces demeurent des promesses floues  faciles à diffuser à la radio, mais difficiles à vérifier sur le terrain.

2. L’omniprésence de l’argument financier pour justifier le statu quo

Dans son intervention, Bumba évoque des ressources limitées, un contexte de dettes, des comptes « presque vides » ou saisis, et des besoins jugés astronomiques pour l’évacuation des déchets 18 millions de dollars par mois selon lui. 

Ce slogan de l’« argent qui manque » lui sert à esquiver les critiques sur l’insalubrité persistante, les embouteillages, la mauvaise organisation urbaine. Mais l’argument financier  répété sans démontrer des efforts concrets de mobilisation ou de maîtrise budgétaire peut paraître davantage comme une excuse commode qu’une véritable justification.

3. Un discours rassurant, mais qui ne correspond pas à la réalité vécue par les Kinois

Kinshasa, une capitale de plusieurs millions d’habitants, continue d’affronter quotidiennement embouteillages monstres, inondations, déchets non ramassés, quartiers inondables… Pour beaucoup d’habitants, la radio de 29 novembre sonne comme une forme de déconnexion totale entre le discours officiel et le vécu réel.

Lorsque Bumba se targue d’être « le meilleur gouverneur que la ville n’ait jamais connu », répondant à ses détracteurs : « laissez‑moi travailler, vous verrez »  c’est moins une promesse que le prolongement de l’espoir d’un jour meilleur. Mais dans l’immédiat, les aspirations restent frustrées. 

4. Le risque d’une stratégie communicationnelle plutôt qu’un vrai plan urbain

En multipliant les annonces médiatiques, le gouverneur donne l’impression de construire une image positive sans forcément garantir un suivi, des résultats tangibles ou une reddition de comptes. La radio  medium populaire  devient un outil de mise en scène politique : belles paroles, espoirs, chiffres séduisants, mais peu de preuves palpables pour la population. Trop souvent, ces techniques servent à temporiser les mécontentements sans s’attaquer aux causes profondes de la désorganisation urbaine.

 Ce que cette « médiatique » révèle sur la gouvernance de Kinshasa

Une focalisation sur le discours plutôt que sur l’action concrète : l’exécutif provincial semble privilégier la communication comme levier pour obtenir la patience des Kinois, plutôt que de s’engager dans des réformes auditées, transparentes et participatives.

Un manque de transparence institutionnelle : l’absence de bilans publics détaillés, d’indicateurs mesurables consultables ou de plateformes citoyennes de suivi fragilise la crédibilité des annonces.

Une probable stratégie de gestion du mécontentement populaire : en promettant de vastes réformes, le gouverneur pourrait chercher à différer les attentes face aux urgences quotidiennes  déchets, inondations, embouteillages  jusqu’à ce que son bilan puisse peut-être un jour  être réellement évalué.

Un danger démocratique : lorsque le discours médiatique remplace l’action effective, la population peut se résigner, la défiance grandit, et le lien de confiance entre gouvernés et gouvernants se fragilise.

Conclusion : Au-delà des ondes, la réalité attend

L’intervention de Daniel Bumba sur Top Congo FM le 29 novembre 2025 mérite bien plus qu’une écoute distraite. Elle doit susciter un esprit critique citoyen. Oui, les chiffres et promesses peuvent séduire. Mais à ce stade, ils ne doivent pas être perçus comme des garanties.

Ce qu’il faut désormais  non plus des promesses à la radio mais :

des bilans publics avec repères précis (quartier, commune, qualité des ouvrages),

des audits indépendants de la voirie, de l’assainissement et de la gestion des déchets,

une communication transparente et accessible,

et surtout, un engagement tangible qui transforme le discours en améliorations réelles du cadre de vie des Kinois.

Sans cela, la « médiatique »  aussi séduisante soit‑elle  restera un écran de fumée derrière lequel la vraie gouvernance pourrait continuer d’être différée. 

Miroir Politique

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